29.08.2021

Fontainebleau 2021 : le Graal pour Fantaisie de Wargnies en Cycle Libre 3ème année

L’élevage est un métier difficile, exigeant, fastidieux. Mais quand les étoiles s’alignent, les yeux des éleveurs brillent. Ceux de Clémence et Christophe Decret ont même versé quelques larmes lorsque leur protégée Fantaisie de Wargnies a franchi la ligne d’arrivée de ce Championnat Cycle Libre 3ème année 6 ans. Une finale qui vit s’affronter 108 couples lors des deux qualificatives, et 37 lors de la finale. Retour sur le podium en compagnie des naisseurs du trio champion.

Fantaisie de Wargnies, des éleveurs au paradis

Elle vous a ému lors de son interview vidéo (à voir au-dessus), et son histoire va forcément vous toucher. Cette histoire, c’est celle de Fantaisie de Wargnies, sacrée Championne SHF Cycle Libre 3ème année 6 ans sous la selle de Thibault Moulin. Celle-ci débute avec Pépite d’Amour, SF (Concorde, KWPN). Formée sur le circuit Cycle Classique de 4 à 6 ans par Eric Paillie, la bai rejoint le piquet d’Anne-Sophie Hemeryck Godart à 7 ans, année où elle aborde le circuit international. Clémence Decret Caffenne la repère et craque. Pépite devient sa jument de concours. Au terme de leur première saison, elles sont sacrées Championnes de France Amateur. Leur parcours parfait s’arrête malheureusement en 2013 suite à une blessure. Clémence décide alors de consacrer sa Pépite à la reproduction. Pour le premier poulain, elle choisit le performeur international Utrillo vd Heffinck (Clinton, Holst). Ainsi naquit Fantaisie. Mais pourquoi « de Wargnies » ? « Bien qu’avec mon mari Christophe Decret, nous élevions sous l’affixe ‘du Paradis’, j’ai voulu rendre hommage à mon grand-père disparu récemment et qui élevait sous cette affixe » raconte l’éleveuse non sans émotion. Dix ans après sa mère, Fantaisie devient Championne de France...en portant le même bonnet et le même tapis ! Ayant dû arrêter l’équitation, Clémence se résigna à confier sa jument à un professionnel. Elle effectua quatre parcours SHF Formation 1 à 4 ans sous la selle de Thierry Lambert, avant que la crise sanitaire ne vienne perturber les plans. « Durant l’hiver de ses 5 ans, nous avions vendu la jument. Les acheteurs devaient venir la voir après le confinement. Plutôt que de la laisser à ne rien faire à l’écurie, elle est revenue à la maison. Je me suis remise en selle et l’ai travaillée sur le plat. Et finalement, la vente ne s’est pas faite. » Le destin de Fantaisie devait donc se poursuivre sous la houlette de la famille Decret. « Un ami cavalier installé près de chez nous, Thibault Moulin, l’a essayée et cela se passait bien. Il l’a donc sortie en concours ». Fantaisie poursuivit ainsi sa formation, alternant Formation 2 et Cycle Libre 2ème année. 2021 signe la révélation du couple. 16 parcours en Cycle Libre, 16 sans faute, la victoire dans la finale régionale...le rêve est devenu réalité ! « C’est une jument très concours, allergique aux barres, courageuse » dit d’elle sa naisseuse aux anges.

 

FANTASIE DE WARNIES & Thibaud Moulin - Crédit photos : PSV Photos

Pendant ce temps, Pépite d’Amour poursuit sa carrière de poulinière chez un ami de la famille Decret, Pierre Dorchies. « Il m’avait dit que si un jour je l’arrêtais, je devais lui vendre ou il ne me parlerait plus (rires) ! ». C’est ainsi que vit le jour Image des Tourelles en 2018, fille de...Rêve du Paradis, SF (Crown Z), étalon ‘maison’ de la famille Decret exporté aux Etats-Unis et gagnant international. La boucle était bouclée ! « Je vais garder Fantaisie à la maison, c’est ma jument de coeur. Elle évoluera sur le circuit amateur Elite l’an prochain » précise Clémence. Chez les Decret, l’élevage est un plaisir, comme l’admet Christophe Decret. « Je suis négociant agricole, ancien cavalier professionnel...j’ai même été champion de France » raconte-t-il. « Les jeunes chevaux sont confiés à Thierry Lambert, les ‘vieux’ à Guillaume Foutrier. » Les Decret sont de véritables passionnés, une passion héritée du grand-mère, naisseur notamment de l’olympique Iris de Wargnies. « Lorsque j’ai débuté, j’ai tout fait pour acheter la dernière fille de Noblesse de la Cour, l’une des meilleures souches françaises issue de la famille Couétil. Je suis passionné de belle génétique, de belles souches maternelles, et je privilégie les étalons testés sur descendance. Nous avons eu jusqu’à vingt chevaux mais cela représentait trop de travail et nous sommes descendus à une douzaine ». Au total, les Decret rassemblent 5 titres de Champions de France, entre le père, la mère et la fille. Et l’histoire ne va pas s’arrêter de si tôt. « J’ai conservé de la semence de Rêve du Paradis, qui remporta le Grand Prix au lendemain des JEM de Tryon. Nous allons pratiquer un transfert d’embryon sur Fantaisie. » De quoi atteindre définitivement le paradis… !

FANTASIE DE WARNIES & Thibaud Moulin - Crédit photos : PSV Photos

Flandre du Meligne, digne fille d’Iolisco

A la seconde place de ce championnat, nous retrouvons Flandre du Meligne, elle-aussi issue d’un choix raisonné, comme nous l’a expliqué son naisseur François Risco, éleveur dans la Haute Marne. « Sa mère Kaina de Sibel est une bonne jument bien construite, avec du volume. Je connaissais bien son père que j’avais vu évoluer sur de bonnes épreuves » explique-t-il. « J’ai monté la grand-mère Sibel du Moulin (L’Artiste IV, SF) en concours. Elle appartenait à un ami. Je l’ai sortie en épreuves, c’était une très bonne jument, avec beaucoup de sang, très gentille. » Le sire de référence à cette époque du côté de Champagne-Ardennes était bien évidemment Nidor Platière, SF (Nankin, SF). Sibel fut croisée avec lui à six reprises, et donna six propres frères et sœurs, notamment Isaac de Sibel (ISO 121), Jalisca de Sibel (ISO 127) et Kaina de Sibel (ISO 133), entre autres. « Elle a eu une très belle carrière jusqu’au niveau 1,25m et a sauté plusieurs fois sur les terrains de Fontainebleau » précise-t-il. A 16 ans, la carrière sportive de Kaina fut arrêtée tout comme celle de François Risco. « Je connaissais bien Iolisco de Quinhon, SF (Olisco, SF) dont j’avais attentivement observé la production. Il a produit d’excellent chevaux de concours complet notamment Quefira de l’Ormeau (Jeux Olympiques de Rio et Tokyo avec l’italienne Ariana Schivo, ndlr) et Qalao des Mers (CCI5* avec Maxime Livio, ndlr). J’adorais ces chevaux. Je trouvais que Iolisco transmettait du look. Il a été sous-utilisé. Pourtant son blup soutenu montre que malgré sa faible production, il a vraiment bien produit ». Ainsi naquit Flandre du Meligne, puis deux ans plus tard sa propre-sœur Hermana du Meligne et l’année suivante Iolisco du Meligne.

FLANDRE DU MELIGNE & Laura Burtin - Crédit photos : PSV Photos

François Risco s’installa alors que Flandre prenait trois ans, avec rond de longe et manège, afin de pouvoir mieux s’occuper de ses protégés. « A 4 ans, Flandre effectue une très belle année, j’ai eu la chance de trouver Baptiste Bohren qui a révélé le potentiel de la jument » souligne l’éleveur. Quelques mois plus tard, Baptiste présente la jument à une jeune cavalière qui reprend l’équitation après quelques années d’arrêt. « Ensemble, elles n’ont pas touché une barre de la saison ! » s’enthousiasme son naisseur. « Je ne voulais pas la vendre au départ, mais étant petite, pas faite en mère, mais avec un joli look, elle n’aurait pas été une bonne poulinière pour prendre la suite. Aujourd’hui il est plus facile de trouver des étalons de petite taille avec du look que l’inverse. » Bien que ne produisant que peu de poulain chaque année, François Risco prend un soin particulier à leur éducation et leur valorisation. « Le circuit SHF est très formateur. Mon objectif est de produire de bons poulains, faciles à utiliser. Elever est mon hobby, je suis à la retraite, mes chevaux vivent en semi-liberté. Pour moi le bien-être équin est primordial pour le moral du cheval. » Voir l’une des ses juments terminer vice-championne de France, François Risco en avait rêvé. Sa jeune cavalière et propriétaire Laura Bertin a exaucé son vœu, pendant que Hermana du Meligne, sa propre-sœur, poursuit la lignée de Sibel du côté de Voillecomte. 

 

Favorite d’Eglefin, jument de cœur 

A l’évocation de la jument bai, la voix de Claudine Digard s’emballe. « C’est une jument de coeur » avoue-t-elle. Et pour cause ! « J’ai monté ses deux grand-mères, Ecume du Chatillon et Gynandrie, en épreuves B1 » précise-t-elle. C’est d’ailleurs cette Gynandrie (Numidor Platière, SF) qui, croisée avec Nabab de Rêve, sBs, donna Tessa de Ferval, la mère de Favorite. Quant à Ecume, elle fut mariée à Epsom Gesmeray, SF (Jalisco B, SF) pour produire Baccara d’Eglefin, étalon ‘maison’. « Il y a deux vraies souches de chaque côté » tient-elle à indiquer, « celle de l’élevage Pironnière du côté d’Ecume, sa grand-mère Gourmande étant la mère notamment de Quincy Pironnière et Urleven Pironnière, et celle de Roxane de Gruchy et Elisca Galante côté maternel. » A 4 ans, Favorite fut ainsi travaillée gentiment et sortie en concours par Julien Alvarez, alors apprenti à l’élevage. Alexis Juin prit ensuite le relais à 5 ans. Cavalier autoentrepreneur, il emmena la jument jusqu’à la finale de Fontainebleau. « J’aime bien le circuit Cycle Libre car il forme doucement » témoigne Claudine Digard. « Je ne travaille qu’avec de jeunes cavaliers et les épreuves sont plus adaptées. Si le cheval a des moyens, il n’y a aucun problème pour ensuite retourner en classique. » D’ailleurs, la ‘star’ de l’élevage d’Eglefin, le fameux Deuxcatsix d’Eglefin, fréquenta le circuit Cycle Libre 2ème année 5 ans avant d’être vendu et d’enchaîner en Cycle Classique 6 ans puis d’entamer sa carrière internationale avec Benoît Cernin.

FAVORITE D'EGLEFIN & Yannis Zegrani - Crédit photos : PSV Photos

L’élevage d’Eglefin s’appuie aujourd’hui sur une dizaine de poulinières et deux étalons ‘maison’, Cuickly d’Eglefin, SF (Quickly de Kreisker, SF) et Baccara d’Eglefin, CSAN (ce dernier est effectivement inscrit au stud-book Anglo-normand initié par Fernand Leredde et Philippe Martin). « Nous n’investissons pas beaucoup dans les saillies car nous disposons d’un budget limité. C’est pourquoi nous repérons de jeunes étalons comme Vigo Cécé lorsqu’il avait deux ans » explique Claudine Digard. D’ailleurs, trois embryons virent le jour la même année à partir de la mère de Deuxcatsix, tous par le regretté fils de Quaprice Boimargot. « Pour nous, la souche maternelle de l’étalon est aussi importante que la souche de la poulinière ». Cette confiance en la jeune génétique se retrouve également dans le choix de By Cera d’Ick, SF (Stakkato, Han) associé à la propre sœur de Deuxcatsix, dernière de cette lignée. L’avenir de Favorite semble quant à lui tout tracé. « Elle n’est pas à vendre » insiste Claudine, « elle restera à l’élevage. Nous l’avons louée une saison à un cavalier amateur afin de l’amortir puis elle reviendra à l’élevage. On nous l’a demandée plusieurs fois avant la finale mais nous avons tenu à ce qu’elle y participe ». Bien leur en a pris. Après la victoire dans la finale Cycle Libre 1ère année 5 ans de Baccara d’Eglefin en 2016 sous la selle de Julien Alvarez, c’est un nouveau podium pour l’élevage normand cette fois grâce au travail du jeune Yannis Zegrani en qui Claudine Digard croit beaucoup, comme tous les jeunes cavaliers à qui elle a fait confiance pour valoriser ses produits.

FAVORITE D'EGLEFIN & Yannis Zegrani - Crédit photos : PSV Photos

 

Propos recueillis par Xavier Boudon

 

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Résultats Championnat CL3

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